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S’appuyer sur un changement organisationnel pour encourager les collaborateurs à adopter collectivement des pratiques écoresponsables au travail

Août 2025

Les experts

Wendy Laperrière

Wendy Laperrière

Chercheuse en Procédés-Environnement, green & blue

 

Expert - Dr Julia Mermier

Dr Julia Mermier

Chercheuse, green & blue

Expert - Dr Alix Rouillé

Dr Alix Rouillé

Docteur en sciences comportementales

Chercheur, conseil & recherche

Expert - Dr Nora Yennek

Dr Nora Yennek

Directrice générale adjointe en charge de la recherche, conseil & recherche

L’adoption de comportements écoresponsables est un processus complexe, qui peut être endigué par de nombreux obstacles. Parmi les obstacles les plus tenaces, on retrouve le poids des habitudes. La répétition de comportements au quotidien conduit en effet à des prises de décisions automatisées qui réduisent la charge cognitive de l’individu, et peuvent également lui procurer une forme de confort, incarné par un sentiment de contrôle et de stabilité sur son environnement. De fait, plus un comportement est ancré dans notre quotidien, et plus l’effort requis pour le modifier devient coûteux (Source : ADEME, 2021. Les évènements de vie comme opportunités pour encourager des pratiques écoresponsables).

Face à ce constat, les changements menant à la création de nouvelles habitudes apparaissent comme des opportunités pour tenter d’y insérer des comportements plus écoresponsables. En effet, certains changements (déménagements, émancipation du foyer parental, changement de travail, etc.) engendrent une rupture des habitudes, suivie d’une période de transition, au cours de laquelle l’individu est amené à se questionner sur de nouveaux comportements à adopter. Dans ce cadre, l’ADEME a notamment publié une étude décrivant la potentialité de la remise en question des habitudes lors de différents « événements de vie » (Source : ADEME, 2021. Les évènements de vie comme opportunités pour encourager des pratiques écoresponsables). Les résultats de cette étude montrent que, lors de ces événements, les individus sont plus enclins à accepter un accompagnement dans l’adoption de nouvelles habitudes, que ce soit par leur entourage ou des personnes en qui elles placent leur confiance. Cette période est donc propice à des messages de sensibilisation visant à intégrer des pratiques plus respectueuses des enjeux écologiques, à condition que ces messages tiennent compte des préoccupations personnelles et mettent en avant les bénéfices de ces comportements, sur les plans individuel et collectif. 

Le changement d’espaces et/ou d’organisation du travail représente donc une opportunité pour accompagner les collaborateurs dans l’adoption de nouvelles habitudes écoresponsables.

Ce contexte est d’autant plus pertinent qu’il répond à une volonté généralisée des employeurs d’optimiser leurs espaces de travail sous-occupés et de favoriser le lien social entre les collaborateurs. La réflexion menée sur l’aménagement et l’utilisations d’espaces, avec les enjeux liés au management, au confort, à la relation au collectif de travail, peut permettre l’établissement de nouvelles normes sociales (c’est-à-dire des comportements, attitudes, croyances et codes de conduite prédominants du groupe), qui influenceront les opinions, les attentes et les actions des collaborateurs, notamment sur leurs pratiques éco-responsables. Ces normes constituent donc un réel levier pour aborder les écogestes attendus ou souhaités par le collectif dans un environnement de travail partagé, dans l’objectif d’influencer significativement, voire de déclencher les comportements écologiques des collaborateurs (Source : Cialdini, R. B., & Jacobson, R. P. (2021). Influences of social norms on climate change-related behaviors. Current Opinion in Behavioral Sciences, 42, 1-8).

Dans cette perspective, les chercheuses et chercheurs de Green & Blue mènent actuellement une expérimentation visant à tirer parti du changement d’espaces et d’organisation du travail pour accompagner les collaborateurs à construire collectivement des bonnes pratiques écoresponsables au travail, et favoriser l’adoption de nouvelles habitudes plus vertueuses. La « sensibilité écologique » et l’adhésion aux gestes éco-responsables sera estimée principalement par le prisme d’éléments tirés d’un modèle appelé la théorie du comportement planifié, développée par le psychologue Icek Ajzen, et appliqué ici aux comportements pro-environnementaux (Source : Martin Greaves, Lara D. Zibarras, Chris Stride, Using the theory of planned behavior to explore environmental behavioral intentions in the workplace, Journal of Environmental Psychology, Volume 34, 2013, Pages 109-120, ISSN 0272-4944, https://doi.org/10.1016/j.jenvp.2013.02.003).

 

Selon cette théorie, le comportement est déterminé par un facteur central : l’intention de l’individu envers ce comportement. Elle est déterminée par trois facteurs :

  1. l’attitude de l’individu envers le comportement,
  2. les normes subjectives, qui se réfèrent à la pression sociale exercée sur l’individu pour exercer ou non le comportement,
  3. le contrôle comportemental perçu, qui correspond à la facilité (ou difficulté) perçue par l’individu sur la réalisation du comportement.

Plus ces facteurs sont favorables au comportement, plus l’intention d’exercer le comportement sera élevée.

Adapté de Ajzen, I. (1991). The theory of planned behavior. Organizational Behavior and Human Decision Processes

 

Les objectifs de cette expérimentation sont multiples :

  • Recueillir les perceptions des collaborateurs sur leur sensibilité environnementale, leurs comportements pro-environnementaux au travail, mais aussi dans la sphère privée ;
  • Recueillir leurs préoccupations sur le réaménagement des espaces de travail ;
  • Identifier des personnes motrices sur les sujets de transition environnementale, afin d’encourager l’émergence d’une dynamique collective autour des enjeux environnementaux au travail ;
  • Développer et tester un outil d’animation simple et ludique (« serious game ») pour l’établissement d'un « cadre de bonnes pratiques » centré sur la perception des enjeux de vivre-ensemble et des enjeux environnementaux ;
  • Proposer des recommandations ciblées pour développer un collectif respectueux du bien-être de chacun et des espaces de travail, mettant au centre les questions environnementales au bureau.

Enfin, dans le cadre de l’émergence effective de pratiques pro-environnementales au bureau, il serait intéressant d’explorer également le lien avec l’établissement de ces pratiques dans la sphère privée, et les motivations et les freins qui y sont associés. Les résultats collectés pourront alors nous orienter sur la place des réaménagements d’espaces futurs dans l’adoption de comportements écologiques des collaborateurs.

Date de parution : Août 2025

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